Par André Fourçans, Professeur émérite d’économie, ESSEC Business School, vient de publier L’économie expliquée à ma fille, 3ème édition, Points Poche, Seuil.
Pour beaucoup, apprendre l’économie est une activité ingrate et ennuyeuse. Quant aux économistes, notamment ceux qui prennent le risque d’enseigner cette science « lugubre » (selon le tendre qualificatif d’un esthète anglais du XIXème siècle), ils ne seraient que de tristes êtres au cœur sec et à l’âme rabougrie- s’ils en ont une !
Ces banalités sont tellement répandues que j’ose à peine les mentionner. Loin d’être ennuyeuse, l’économie peut être passionnante. Elle n’est pas une langue morte dont la seule fonction serait de stimuler les neurones ou de donner lieu à quelques jeux intellectuels ou esthétiques. Ni un ensemble de techniques plus ou moins rébarbatives et réservées aux « savants fous » de la recherche et de l’enseignement.
L’objet premier de la connaissance économique est d’aider à comprendre le monde et ses minuscules créatures, à prendre de meilleures décisions dans la vie individuelle, sociale et collective, dans la vie des affaires, au sein des organisations et des associations de toutes sortes. Si l’analyse que fait l’économiste n’a pas pour ambition de décortiquer les méandres de l’âme humaine, elle fournit tout de même des outils puissants pour cerner les comportements individuels et collectifs et leurs interactions ; elle apporte une compréhension certes partielle mais fructueuse des phénomènes économiques, et plus généralement des phénomènes sociaux, qui n’a rien à envier aux explications des autres sciences humaines (sociologie, psychologie, politologie, criminologie, anthropologie), bien au contraire. Hors de son champ habituel (inflation, chômage, croissance, échanges internationaux, etc.) elle analyse aussi d’autres réalités telles que le rôle de l’Etat et du marché, l’écologie et le changement climatique, l’éducation, la bureaucratie, la politique, l’histoire et même … la criminalité, la drogue, la famille, etc. Elle fournit l’appareillage nécessaire pour aiguiser son jugement et affirmer sa perspicacité.
Alors, comment mettre en œuvre ces conceptions et cette philosophie en matière pédagogique ? Comment mettre en pratique l’enseignement de cette matière à la fois sèche et très humaine qu’est l’économie ?
On ne parle pas de la même manière à des étudiants avancés (disons en masters ou en Doctorat ou PhD) qu’à des débutants ou des personnes curieuses du sujet et voulant en comprendre la « substantifique moelle » ou souhaitant acquérir des outils de réflexion et d’action. La pédagogie exige de s’adapter aux diverses audiences et à l’objectif que l’on cherche à atteindre, c’est l’évidence même.
Aux étudiants avancés, les constructions théoriques poussées et les techniques mathématiques rigoureuses et sophistiquées… sans oublier la compréhension des concepts indispensables aux explications des mécanismes et des comportements. Aux autres des outils intellectuels suffisamment efficaces et solides pour se plonger dans la compréhension de la complexité du monde mais sans recourir à des techniques mathématiques et incompréhensibles au commun des mortels. D’où la nécessaire flexibilité et adaptabilité du pédagogue face à ses audiences, à l’oral comme à l’écrit. Ce n’est pas toujours facile, mais indispensable. Dans les deux cas il y faut de la méthode et du savoir-faire. Et une « bonne théorie » fondée sur des concepts éclairants et des mots simples et bien choisis. Une science aussi bien qu’un art. Si en plus on y met de l’humour et de la bonne humeur, bref du sérieux sans se prendre au sérieux, apprendre l’économie devient une aventure riche et passionnante…
Cette manière de faire, je me suis efforcé de l’appliquer pour les débutants (ou non !) et le grand public, dans ce petit livre dont vient de sortir la troisième édition qui j’espère aura le même succès national et international que les deux précédentes : « L’économie expliquée à ma fille », Editions du Seuil, 2025. À ceux qui le liront de voir si j’ai réussi dans mon entreprise…