Par Jérémy Savey, Documentaliste et Coordinateur des Formations Utilisateurs au K-lab.
L’émergence des intelligences artificielles génératives (IAG) transforme le paysage éducatif. C’est acquis, ces outils capables de produire du contenu multimodal (textes, images, sons, vidéos, code…) sont entrés dans les pratiques universitaires.
De nombreuses études confirment une adoption massive des IAG par les étudiants dans leur quotidien (voir par exemple “AI or not AI: what students want” du Digital Education Council publié en 2024). Au sein du K-lab, nous avons nous-mêmes réalisé un sondage auprès des étudiants de MS en septembre 2024 qui corrobore cette tendance : les IAG – ChatGPT en tête – sont devenues en l’espace de quelques mois des “alliées” dans la réalisation des travaux académiques que ce soit pour l’assistance à l’écriture, la génération d’idées, la traduction ou encore la synthèse de documents…
Des usages qui interrogent les compétences informationnelles des étudiants
Cette utilisation croissante soulève bien évidemment des questions. Les étudiants eux-mêmes expriment un besoin accru d’accompagnement, notamment en ce qui concerne les implications éthiques et les bonnes pratiques d’utilisation. Si le “réflexe IAG” des étudiants est une réalité, il n’en reste pas moins que ces derniers, pour une grande partie, ont une connaissance imparfaite de ces outils ainsi que de l’offre existante.
A leurs yeux, les frontières entre assistance technologique et plagiat deviennent floues. Dans leurs pratiques, les moteurs de recherche laissent progressivement place aux agents conversationnels où la qualité de l’invite (le prompt) devient primordiale aux dépens de la diversité des sources. Contrairement aux idées reçues, loin d’être obsolète, la capacité à évaluer la qualité d’une information dans cet environnement est plus cruciale que jamais.
C’est dans ce contexte, face aux questionnements des étudiants et à leurs pratiques, qu’il nous a paru évident de contribuer à leur accompagnement visant à un usage critique et éclairé des IAG. C’est d’autant plus vrai que la maîtrise de ces outils passe nécessairement par le renforcement de leurs compétences informationnelles et numériques, mission essentielle du K-lab.
Apprendre à formuler des requêtes précises est essentiel pour obtenir des résultats pertinents. Comprendre les limites de ces outils (les biais potentiels et les erreurs factuelles), ou encore les enjeux sociétaux et environnementaux inhérents est crucial pour un usage éclairé. Les étudiants doivent être formés à évaluer de manière critique les réponses générées et à les intégrer de façon appropriée dans leurs travaux.
L’offre de formation du K-lab
C’est donc sous le prisme du rapport à l’information et des cas d’usages qui y sont liés (recherche, traitement et diffusion de l’information) que nous avons traité la question des IAG et enrichi notre offre de formation existante.
Cette offre s’articule autour de deux modalités, d’une part des formations documentaires dédiées à la méthodologie de recherche, d’autre part les ateliers du K-lab qui se déclinent autour de 3 problématiques : maîtriser la recherche d’information, mieux communiquer et s’initier au traitement de l’image.
En déconstruisant les croyances autour des IA génératives, ce dispositif nous permet de sensibiliser les étudiants à un usage vertueux et raisonné.
Il ne s’agit en aucun cas de contester le potentiel des IAG, simplement d’amener les étudiants à savoir quand les utiliser et dans quel but.
Ainsi, nos ateliers documentaires proposés aux différents programmes concernés par la thèse professionnelle ou la rédaction d’un mémoire nous permettent de questionner les étudiants quant à leurs pratiques des IA dans un cadre académique. Ces séances, où nous déclinons la méthodologie de recherche appliquée au mémoire, nous donnent également l’occasion d’illustrer des cas d’usage où l’assistance des IA peut s’avérer pertinente (génération de mots-clés, identification de concepts associés…).
Prenons l’exemple de la revue de littérature. Nous le savons, cette tâche peut s’avérer complexe pour nos étudiants. La tentation de recourir à une IAG généraliste telle ChatGPT afin d’identifier en quelques clics des publications académiques en lien avec son sujet est grande. C’est une pratique fortement partagée, mais pas la plus pertinente au regard de la culture académique en “construction” des étudiants (sont-ils capables d’évaluer les propositions ?) et des limites intrinsèques à l’outil (nature du dataset, biais…) . Nous partons alors de cette pratique étudiante pour présenter des alternatives et valoriser certains outils alimentés par l’IA tel l’assistant de recherche associé à notre moteur de recherche Discovery (outil permettant de consulter notre catalogue et les ressources académiques). Cet assistant s’appuie sur un RAG (retrieval-augmented generation ou génération augmentée de récupération) qui lui permet de proposer une sélection de 5 articles académiques à partir d’une question. Pour l’étudiant, il s’agit là d’un point de départ pour mener à bien son cheminement intellectuel et ses recherches documentaires.
Notre offre d’ateliers du K-lab contribue également à accompagner les étudiants dans leurs usages des IA et ce, quel que soit leur niveau. Nous proposons ainsi deux ateliers introductifs “IA génératives en pratique : premiers pas” et “Générer ses premiers visuels à l’aide de l’IA” qui sont l’occasion de revenir sur les fondamentaux (élaboration de prompts, biais…) et les principaux enjeux informationnels liés aux usages (ethique et droit d’auteur…).
Pour le reste, la grande diversité de nos ateliers nous permet de traiter de l’IA sous de multiples aspects via des cas d’usages spécifiques. Avec l’atelier “EcoloGeek” nous revenons par exemple sur l’empreinte carbone et le bilan environnemental liés aux IA génératives pour ainsi questionner nos usages. L’atelier “Organiser sa veille sur le web” aborde notamment les opportunités qu’offre l’IA pour gagner en efficacité et en pertinence…
Un effort à poursuivre
Le nombre de sollicitations des programmes et d’inscrits à nos ateliers confirme que cette offre répond à un besoin. Les outils et pratiques informationnelles évoluent à un rythme très soutenu. De ce fait, la nécessité d’accompagnement par la formation ou la médiation reste plus que jamais d’actualité. Si les retours de nos usagers sont très positifs au regard des évaluations, les défis sont encore nombreux. Il s’agit de rester pertinent en s’inscrivant dans une démarche proactive et de conserver ce statut de partenaire de référence aux yeux des étudiants via la qualité de notre offre.
A propos des ateliers du K-lab
– 18 ateliers sur étagère
– 80 ateliers planifiés cette année
– 1 249 étudiants formés
– 243 participants de formation continue formés
Quelques retours de nos étudiants
“Parfait pour une introduction généraliste qui permette d’avoir un “vernis” sur ce sujet tout en prenant du recul. D’autres ateliers pour creuser ce vaste sujet seront les bienvenus !”
“Formation éclairante sur les opportunités et les limites qu’offrent les IA génératives”
“Atelier clair, cohérent et complet, merci !”